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Les colombesAlbert Samain

Partout la mer unique étreint l’horizon nu,
L’horizon désastreux où la vieille arche flotte ;
Au pied du mât penchant l’Espérance grelotte,
Croisant ses bras transis sur son coeur ingénu.

Depuis mille et mille ans pareils, le soir venu,
L’Ame assise à la barre, immobile pilote,
Regarde éperdument dans l’ombre qui sanglote
Ses colombes s’enfuir vers le port inconnu.

Elles s’en vont làbas, éparpillant leurs plumes
A travers le vent fou qui les cingle d’écumes,
Ivres du vol sublime enfermé dans leurs flancs ;

Et, chaque lendemain, au jour blême et cynique,
L’arche voit surnager leurs doux cadavres blancs,
Les deux ailes en croix sur la mer ironique.

Au jardin de l’infante

Publié dansAlbert SamainPoètes

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